Festival de San Sebastián: la Concha de oro pour «Tender Loving Care» de Mike Leigh, une lumière dans le tunnel

Publié le 27/09/2026 | Ajouter un commentaire

Le cinéaste britannique Mike Leigh est un habitué du festival de San Sebastián et cette année, son film «Tender Loving Care» repart avec trois prix, le grand prix du festival, la Concha de oro, la coquille d'or, le prix du scénario et la comédienne principale du film, Kate O'Flynn, reçoit le prix d'interprétation. «Tender Loving Care» est un film sensible et tendre qui raconte tout à la fois l'attention aux autres, la faillite des politiques sociales, la famille et la fin de vie, vaste programme.

Un vieil homme dans un lit d'hôpital reçoit la visite d'une assistante sociale. Elle est en mission : identifier l'homme et le renvoyer chez lui car son état ne justifie pas une hospitalisation prolongée. Elle, c'est Rosie (Alice Bailey Johnsson) et elle cohabite avec Amy, autre assistante sociale, à laquelle la comédienne Kate O'Flynn couronnée par le prix d'interprétation (ex-aequo avec Asta Kamma August pour Groth of the soil de Hans Petter Mokand), donne vie. Les deux jeunes femmes, Amy et Rosie, partagent le même métier, bouclent le soir les dossiers des personnes qu'elles accompagnent et vident consciencieusement la même bouteille de vin blanc pour partager ou adoucir leurs frustrations amoureuses et professionnelles, colères mais aussi rigolades.

La comédienne Kate O'Flynn a les émotions à fleur de peau. Le spectateur l'accompagne dans ses rencontres avec les personnes dont elle s'occupe : des adolescents en rupture de famille, une maman à qui ses enfants ont été enlevés... Son regard, sa patience infinie pour accompagner et son empathie sont sensibles. On comprend combien elle est impuissante, elle, son amie Rosie et tous ses collègues, à panser les douleurs de personnes en souffrance. Amy est proche de ses parents auxquels elle rend souvent visite, un couple âgé de classe moyenne. C'est Margaret Thatcher qui est la cause de cette misère sociale, selon son père auquel le comédien britannique Paul Jesson donne un relief incroyable. La mère d'Amy est elle interprétée par Marion Bailey, la compagne de Mike Leigh dans la vraie vie.

Le mal est ancien et profond et les services sociaux ont le sentiment de vider l'océan de la détresse avec une petite cuillère. Très jolie scène celle où Amy tente de soulager la souffrance qu'elle devine chez une jeune collègue qui n'était pas préparée à affronter tout à la fois son impuissance et l'incurie de son encadrement. C'est un film qui s'inscrit dans les thèmes chers à Mike Leigh qui a épluché au fil de sa production la société britannique et, couche après couche, mis à nu ses failles, ses injustices et la douleur des gens de peu. Mais ce dernier opus paraît moins sombre que les précédents. La tendresse et la douceur qui irradient les relations entre les personnages, les deux amies, la famille d'Amy, adoucit la dureté du dehors. Leur solidarité et résilience semblent à toute épreuve et l'humour et le rire pointent souvent.

D'ailleurs le film a été chaleureusement salué par le public de San Sebastián lors de ses projections et le jury, présidé par le réalisation étatsunien Ira Sachs, a donc conforté cet enthousiasme. Lors de la conférence de presse qui a accompagné le film en début de semaine, Mike Leigh a déclaré que ce serait peut-être son dernier long-métrage, en raison de problèmes de santé. Le réalisateur de 83 ans pourrait avec ce prix tourner la page d'une belle carrière couronnée de grands prix comme la palme dor à Cannes avec Secrets et mensonges en 1996 ou encore Le secret de Vera Drake, Lion d'or à Venise en 2004. Mais surtout, au-delà des prix, il s'agit de  films forts, âpres qui posent de bonnes questions et ne peuvent laisser indifférent. Le regard du vieil homme - le patient du début du fim - dans la dernière séquence est tout à la fois las et terrible.Et c'est nous, spectateurs, qu'il regarde.


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