Bolivie: ouverture du procès d'Evo Morales, mais sans l'ancien président réfugié au Chaparé
Publié le 11/05/2026 | Ajouter un commentaire
En Bolivie, c’est un procès très attendu qui commence ce lundi 11 mai. Evo Morales, président du pays de 2006 à 2019, est jugé pour « traite d'être humain aggravée ». Il est soupçonné d’avoir eu une relation avec une mineure de 15 ans en 2015. Problème, l’ex-président est retranché depuis un an et demi dans son fief pour échapper au mandat d’arrêt émis contre lui… Il ne sera donc pas présent au procès.

Il est reproché à Evo Morales une relation avec une mineure de 15 ans entre 2015 et 2016, de laquelle serait né un enfant. Le mandat d'arrêt a été émis en octobre 2024. Selon l'accusation, l’adolescente aurait fait partie de « Génération Evo », un groupe de soutien au gouvernement de Morales, formé par des jeunes. La victime a fui la Bolivie et vit désormais en Argentine où elle a obtenu le statut de réfugiée en 2025. Evo Morales est également accusé d’avoir conclu un accord avec les parents de l’adolescente. En échange de faciliter cette relation, les parents auraient reçu des avantages. D’où l’accusation pour traite d’être humain aggravée.
L'ancien dirigeant (2006-2019) a toujours rejeté ces accusations et se dit victime d'une « persécution judiciaire » du gouvernement du président Luis Arce, son ancien ministre de l'Économie. D'ailleurs, ce dossier est sujet à des rebondissements puisqu'en avril 2025, le mandat d'arrêt d'octobre 2024 avait été annulé par une juge...
Morales a été convoqué pour témoigner à deux reprises, en octobre 2024 et en janvier 2025, mais ne s'est pas présenté, prétextant l'absence de garanties pour sa sécurité. Suite à sa seconde absence, le juge Nelson Rocabado de Tarija, où se déroule l'audience de ce lundi, l'a déclaré coupable d'outrage au tribunal et a ordonné son arrestation ainsi que la saisie de ses biens.
Le Chaparé, le fief d'Evo Morales
Mais depuis octobre 2024, Evo Morales n’a pas été détenu. Depuis un an et demi, l’ancien président n’est pas sorti du Chaparé, son fief situé dans le centre de la Bolivie. Là-bas, il vit sous constante protection de ses soutiens qui se relaient pour monter la garde devant chez lui. Lorsqu'il se déplace dans cette région, c’est toujours accompagné d’une cohorte de voitures et de motos pour être sûr de ne pas être arrêté. Et pour le moment, il faut reconnaître que cette stratégie fonctionne. La police nationale a déclaré à plusieurs reprises qu’elle attend le moment opportun pour l’appréhender… Mais dans les faits, une telle opération est assez risquée et serait difficilement réalisable sans faire de nombreux morts et blessés.
Dans cette région, la popularité de l’ex-président reste intacte. La preuve en est qu'en mars ont eu lieu les élections locales dans le pays et dans le département de Cochabamba, où se trouve le fief de Morales. C’est un de ses lieutenants qui a été élu gouverneur dès le premier tour et cela pourrait encore plus compliquer la tâche de la police bolivienne.
Pour Evo Morales et ses avocats, le procès est utilisé pour traîner l’ex-président dans la boue, de le décrédibiliser et aussi une façon, pour le gouvernement de centre droit, de dévier l’attention de la crise économique qui frappe le pays. Morales serait un bouc émissaire. Sa défense a donc annoncé, jeudi dernier, qu’elle ne se présenterait pas à l’audience.
Wilfredo Chavez, à la tête de l’équipe juridique de l’ex-président, a avancé plusieurs arguments : tout d’abord, la justice avait déjà enquêté sur cette affaire en 2020, et l’avait classée sans suite, faute de preuves. Pour l’avocat, la réouverture de l’enquête en 2024 est illégale car on ne peut pas être jugé deux fois pour la même affaire, or il n'y avait pas eu de procès en 2020. Deuxièmement, Evo Morales n’a pas été notifié par la justice à son domicile. La défense avance qu’elle ne connaît pas le dossier et donc qu’elle ne peut se présenter à l’audience.
En cas de condamnation, Evo Morales risque jusqu’à vingt ans de prison. Mais encore faudrait-il que la police réussisse à l’arrêter.