Le programme nucléaire de l’Iran: du «yellow cake» à la guerre

Publié le 20/05/2026 | Ajouter un commentaire

Les États-Unis ont-ils renoncé à une attaque sur l'Iran prévue mardi 19 mai ? C'est ce qu'affirme le président Donald Trump, ajoutant qu'un accord avec l'Iran lui semble envisageable. Un accord « qui exclura l'Iran de l'arme nucléaire », assure-t-il. Retour sur ce dossier ultra-sensible : qu'est-ce qu'un programme nucléaire ? Où en est l'Iran ? Téhéran peut-il encore se doter de la bombe alors que les États-Unis l'ont attaqué à deux reprises en moins d'un an ?

Un programme nucléaire – civil ou militaire – est un long chemin, balisé par de nombreux obstacles technologiques. Au commencement était un minerai, l'uranium. Une fois extrait, on lui donne la forme d'un « yellow cake », « gâteau jaune », une matière qui sera ensuite enrichie, c'est-à-dire rendue plus concentrée, avec des machines que l'on appelle des centrifugeuses.

Jusqu'ici on parle d'un processus commun aux usages civils (la production d'électricité dans une centrale nucléaire qui requiert de l’uranium enrichi à 3% environ) et aux usages militaires (la fabrication d'une bombe nécessite d’enrichir à 90%).

Un processus scientifique qui rejoint l'actualité la plus brûlante : une bonne partie de ce qui se joue en ce moment c'est le devenir d'un stock de 440 kilos d'uranium enrichi par l'Iran à 60% : « c’est ce stock qui est le plus préoccupant, explique la chercheuse Héloise Fayet de l'Institut Français des Relations Internationales (IFRI), car c’est ce que l’Iran pourrait utiliser pour fabrique une arme nucléaire ». Une partie au moins de ce stock est a priori toujours enterré dans des sites iraniens bombardés par les États-Unis et Israël lors de la guerre de Douze jours de juin 2025.

En l’absence de visites de l’Agence Internationale de l’Énergie Atomique (AIEA), il est aujourd’hui impossible de connaître avec certitude la localisation de ce stock et l’état dans lequel il se trouve. Difficile également de confirmer à 100% que la République islamique n’a pas repris ses activités d’enrichissement après la guerre de juin 2025. Mais « ce n'est pas tant les activités de reprise d'enrichissement qu'il faut surveiller, souligne Héloïse Fayet, plutôt celles de militarisation et de miniaturisation de l’uranium existant. C'est ce qui indiquerait que l'Iran a choisi d'avancer vers l'arme nucléaire, ce que l'on ne voit pas aujourd'hui ».

Les progrès de l'Iran n'ont plus rien à voir et depuis longtemps avec les critères d'un programme nucléaire civil. Le pays n’a construit aucune centrale nucléaire, hormis celle de Bouchehr, fruit d’une coopération avec la Russie qui livre le combustible nucléaire enrichi. C'est ce qui fait de ce dossier une crise de prolifération qui dure depuis des décennies : l'Iran a toujours dit qu'il ne voulait pas la bombe et pourtant il s'en approche en accumulant de l’uranium de plus en plus hautement enrichi, scénario insupportable pour Israël comme pour les Etats-Unis.

L'accord nucléaire de 2015 (JCPOA pour « Joint Comprehensive Plan Of Action ») a brièvement permis de limiter et de surveiller le programme iranien. Accord déchiré durant le premier mandat de Donald Trump, celui-là même qui après avoir bombardé l'Iran parle aujourd'hui d'un accord possible, tout en agitant la menace d’une reprise de la guerre.

L'Iran est signataire du Traité de Non Prolifération Nucléaire (TNP), ce qui en théorie l'engage à ne pas se doter de la bombe et lui permet d'accéder au nucléaire civil. A ce jour seule la Corée du Nord a quitté le TNP pour devenir la 9ème puissance nucléaire au monde. Les autres sont les États-Unis, la Russie, la Chine, le Royaume-Uni, la France (qui sont aussi les cinq membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU) auxquels il faut ajouter l’Inde, le Pakistan et Israël qui n’ont jamais adhéré au TNP. Israël ne l'a jamais officiellement déclaré mais l'État hébreu est la seule puissance nucléaire du Moyen-Orient. Les spécialistes estiment que le pays est doté de plusieurs dizaines, voire de plusieurs centaines de têtes nucléaires.


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