Dégel des relations entre le Mexique et l'Espagne sur la mémoire coloniale

Publié le 17/04/2026 | Ajouter un commentaire

Après plusieurs années de crises diplomatiques entre Madrid et Mexico, la présidente mexicaine Claudia Sheinbaum se rendra en Espagne samedi 18 avril pour la première fois depuis le début de son mandat, entamé fin 2024. Sur invitation du Premier ministre Pedro Sanchez, elle participera au sommet des dirigeants progressistes à Barcelone, qui a commencé ce vendredi 17 avril. Sa venue intervient un mois après que le roi d'Espagne, Felipe VI, a reconnu pour la première fois que « beaucoup d'abus » ont été commis lors de la conquête du continent américain.

Les visites à l'étranger de Claudia Sheinbaum se comptent sur les doigts d'une main depuis sa prise de fonctions en octobre 2024. Alors que plusieurs dirigeants d'extrême droite et ultra-conservateurs sont arrivés au pouvoir sur le continent américain récemment – le libertarien Javier Milei en Argentine, le président chilien d'extrême droite José Antonio Kast au Chili, ou encore le conservateur bolivien Rodrigo Paz –, elle a répondu à l'appel du Premier ministre espagnol Pedro Sanchez.

Claudia Sheinbaum participera ainsi à un sommet des dirigeants progressistes, qui se tient à Barcelone les 17 et 18 avril. Une réunion à laquelle participeront aussi les présidents colombien Gustavo Petro et brésilien Lula Da Silva et qui doit permettre d'apporter une réponse commune et coordonnée face à « l'internationale d'extrême droite », d'après les organisateurs. Sans être une visite d'État, il s'agit du premier déplacement officiel de Claudia Sheinbaum en Europe depuis le début de son mandat. Aucun chef d'État mexicain ne s'est rendu en Espagne depuis 2018.

Stature internationale

Alors que son prédécesseur Andrés Manuel Lopez Obrador se félicitait de ne réaliser presque aucun déplacement à l'étranger, Claudia Sheinbaum – issue du même parti que lui – s'est discrètement forgée une stature internationale ces derniers mois, en particulier face à son bruyant voisin du nord, Donald Trump. « Elle a fait preuve d'une capacité de négociation avec les États-Unis que n'ont pas eu beaucoup d'autres chefs d'États », ce qui « a positionné le Mexique sur la scène internationale, alors que le pays avait une tradition de relative neutralité », estime Hélène Combes, directrice de recherche au CNRS, rattachée à Sciences Po Paris et spécialiste du Mexique.

D'un ton toujours calme, la présidente mexicaine « apparaît aujourd'hui comme une figure qui a montré la possibilité d'un dialogue » avec le président états-unien, avec qui elle a « toujours réussi à maintenir une position ferme mais cordiale », notamment sur les droits de douane, souligne la chercheuse. Certes, « elle a fait des concessions sur certains points, notamment en acceptant l'extradition de narcotrafiquants mexicains vers les États-Unis ». Mais la dirigeante a aussi obtenu des contreparties, comme « un meilleur contrôle de l'entrée des armes américaines sur le territoire mexicain », analyse Hélène Combes. Pour autant, une telle visite aurait été difficile à envisager il y a encore quelques mois, tant les relations ont été tendues ces dernières années entre Mexico et Madrid concernant la mémoire coloniale.

« Conquête » contre « Découverte »

Les tensions diplomatiques entre les deux pays ont éclaté au grand jour en 2018, quand le président Andrés Manuel Lopez Obrador, tout juste élu, avait demandé à la monarchie espagnole de présenter des excuses au Mexique pour les crimes commis lors de la conquête du continent. Or, « l'Espagne est un pays qui a très peu travaillé sa mémoire coloniale, estime Hélène Combes. Au Mexique on parle de ''conquista'', de ''conquête'', tandis qu'en Espagne, jusqu'à cette controverse, on continuait de parler de ''descubrimiento'', de ''découverte''. C'étaient deux visions radicalement différentes. »

La chercheuse résidait alors en Espagne. « Ce positionnement du président mexicain, qui était une demande minimale en termes de politique mémorielle, a déclenché une crise diplomatique énorme, avec une réaction extrêmement virulente côté espagnol, aussi bien de la part du gouvernement – qui était déjà le gouvernement Sanchez – que dans la société espagnole », a constaté Hélène Combes. Elle se souvient avoir été « ???????sidérée » d'entendre des prises de position « ???????d'intellectuels espagnols affirmant : "on leur a apporté la civilisation" ».

« ???????Beaucoup d'abus »

Avec les années, l'Espagne a pourtant fini par effectuer quelques pas en direction du Mexique. Il y a d'abord eu la restitution de pièces archéologiques réclamées par Mexico. Puis, il y eu ces mots du ministre espagnol des Affaires étrangères : en octobre 2025, José Manuel Albares a ainsi reconnu « ???????la douleur et l'injustice » causées aux « ???????peuples autochtones » pendant la conquête espagnole de l'Amérique. Enfin, le 16 mars 2026, le roi Felipe VI a admis que « ???????beaucoup d'abus » ont été commis à cette période.

« Les relations entre les deux pays n'ont jamais été rompues », a tenu à préciser par la suite la présidente mexicaine Claudia Sheinbaum. « ???????Nous avons une vision très différente de ce qu'a été la conquête (ou l'arrivée des Espagnols au Mexique) », a-t-elle déclaré lors d'une conférence de presse à Mexico, lundi 13 avril. « Le roi n'a peut-être pas reconnu exactement ce que demandait le président Lopez Obrador », a concédé la dirigeante, car il n'a pas formulé d'excuses, « mais il a admis qu'aujourd'hui, il fallait analyser différemment ce qu'a été l'arrivée des Espagnols sur le territoire mexicain (qui ne portait pas encore le nom du Mexique) »s'est-elle félicitée.

La conquête, marquée par des massacres de peuples autochtones ou encore des conversions forcées au catholicisme, a tout de même été « ???????très violente », a tenu à rappeler la présidente mexicaine. Elle ne rencontrera donc pas le roi lors de sa visite en Espagne ce samedi 18 avril. Mais elle a néanmoins fait, à son tour, plusieurs gestes d'apaisement. Le Mexique a cessé de demander publiquement des excuses à l'Espagne. Enfin, le roi Felipe VI a été invité par Claudia Sheinbaum au Mondial de football, dont plusieurs matchs se joueront en juin sur le sol mexicain.


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